Un projet de ski au Groenland tombe à l'eau ; en quelques jours, Didier part à vélo. 1 300 km en solitaire, de Tramelan au lac de Vrana, par le Simplon, le Tessin, le lac de Garde et Trieste. Récit d'un voyage né d'une envie de liberté.

Parfois la vie nous amène à un endroit où, quelques jours auparavant, nous ne pensions même pas être. Il était prévu que je parte découvrir le Groenland en ski nordique et, pour différentes raisons, ce projet ne s’est pas concrétisé.

Alors, comme du temps s’est libéré, je n’ai pas voulu ne pas en profiter. En quelques jours, j’ai trouvé un nouveau projet. L’idée de partir à vélo m’est venue rapidement ; je me suis demandé où, et une première idée a été le sud. Le cadre étant posé, je pouvais me concentrer sur le matériel et la logistique.

J’ai rapidement acheté un vélo et fait le choix d’une remorque plutôt que des sacoches. Pour le reste, tout était déjà à disposition dans ma grotte d’Ali Baba : tente, sac de couchage et tout le nécessaire de popote.

Le départ, à Tramelan

Me voilà donc, quelques jours plus tard, devant la maison de ma fille à Tramelan, prêt au départ. Thyler prend la pose avec moi pour la photo de départ. Quelques bisous d’adieu, et je donne mes premiers tours de pédale. J’essaie de m’installer avec ma monture, et les premiers kilomètres défilent.

S’ensuit mon premier petit col : mes dix premiers kilomètres sont faits. J’aurai, pour cette première journée, le plaisir de partager un moment avec ma sœur Nicole, qui m’accompagne elle aussi à vélo.

Ce que je retiens de cette première journée, c’est le partage avec ma famille, leurs sourires de me voir partir dans mon monde, à la découverte d’une nouvelle aventure. Je me rends compte aussi qu’on peut s’ouvrir à plein de rêves, et qu’il faut juste se les accorder. Ce premier soir sous la tente, je suis heureux et je me réjouis de la suite.

La routine du voyage

Au réveil, une certaine routine se met en place, qui se répétera constamment. Je reprends la route sur le plateau en direction du lac Léman, pour remonter ensuite la vallée du Rhône jusqu’à Brigue. Durant ces quelques jours, je rencontrerai un vent de face que j’imaginais déjà bien compliqué — je peux vous dire que les rafales rencontrées par la suite sur les bords de l’Adriatique, en Croatie, me feront vraiment comprendre ce qu’est le vent.

Le Simplon, sous la neige

En cette fin de quatrième journée, je me lance dans les premiers pourcentages du col du Simplon. J’évite la partie autoroute et rejoins la route normale quelques kilomètres plus haut. J’aurai alors le droit de me faire arrêter par la police, gyrophares bleus en prime, pour m’intercepter. On me prie de quitter ce tronçon considéré comme autoroute (ce qui n’est pas le cas, les panneaux le confirmeront) ; mais je suis tellement motivé à poursuivre par le col, et non par le train, que je prends l’ancienne route — celle qui m’apportera plus de plaisir, et la joie de pousser le vélo sur des restes de neige.

Jour 5 : passage du col, 1 degré et brouillard. Je m’équipe et j’attaque la descente.

Du Tessin aux Balkans

À Domodossola, je m’élance sur la route des Centovalli et rejoins Locarno, puis le sud du Tessin par le col du Monte Ceneri, sous des trombes d’eau. Mais à Morcote, j’ai la joie de retrouver mon amie Sandrine, qui passera quelques jours à me suivre — et un jour de repos bienvenu.

Je repars sous le soleil depuis Lecco, avec l’envie de rejoindre les Balkans : via Brescia, le lac de Garde, Vérone, avant de filer sur Trieste pour rejoindre la Slovénie. Cette traversée n’a pas toujours été facile, au milieu des camions, certains jours de nouveau sous des pluies battantes, avec mon premier ennui mécanique (heureusement, j’ai trouvé un magasin de vélo où l’on m’a réparé ma remorque au top, ce qui ne m’a arrêté qu’une demi-journée).

Je m’accorde un nouveau jour de repos dans une magnifique petite auberge, avant de repartir en direction du lac de Vrana, en Croatie. Ce dernier tronçon me confrontera au vent de face et latéral (heureusement, j’ai toujours évité, parfois de justesse, de me retrouver renversé ou dans le talus). Les montagnes russes du bord de mer me permettent aussi de dessiner encore un peu plus les contours de mes mollets.

Arrivée au lac de Vrana

Me voici donc, après trois semaines de voyage, arrivé à destination, où je vais prendre une semaine pour me reposer et profiter du bord du lac pour observer les oiseaux.

Durant le retour en voiture avec mes filles Christine et Noémie, venues me rechercher, je croise des routes où, quelques jours plus tôt, je roulais en sens inverse, et je me dis qu’à 57 ans j’ai la chance de m’accorder une vie que j’aime — et que ces 1 300 kilomètres m’ont apporté tant de bonheur.

Merci

Ce voyage a été porté par ma volonté, mon envie et ma détermination. Je tiens néanmoins à remercier tout spécialement mon ami Jérôme qui, depuis des années, prend soin de mon corps, me motive et croit en moi (merci à toi, mon ami) ; merci aussi à Diego, qui prend soin de mes articulations et trouve toujours les mots pour me reconnecter à l’essentiel. Merci à toutes mes filles — Stéphanie, Christine, Vanessa et Noémie — pour leurs encouragements ; à ma sœur Nicole pour les nuits d’hôtel de réconfort ; merci à ma chérie Sandrine, qui me motive et croit continuellement en mes projets.

Je vous souhaite à toutes et à tous de vous accorder votre voyage intérieur, de quelque manière qu’il soit.

Bon voyage, et amitié,

Didier

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